Pianiste

De Fondation Franz Liszt Wiki.





Suona Italiano à Samois-sur-Seine, concert d'Igor Colognato le 8 décembre 2012. Sur la photo prise par Dominique Constantin : Jean-François Robinet, maire de Samois-sur-Seine; Fabio Luz, pianiste et président de la Fondation Franz Liszt; Igor Cognolato, pianiste et membre du conseil de la Fondation Franz Liszt; Davide Perrone, pianiste et compositeur, membre de la Fondation.

Sommaire

Catégorie:pianiste

Contributions

Ce qui manque c'est la culture. Barenboim

8 avril 2011. Barenboim: "Aujourd'hui, le jeu s'est uniformisé"

Extrait :

Vous avez de nombreux élèves. Comment jugez-vous les jeunes pianistes d'aujourd'hui?

Leur technique est souvent excellente. Ce qui manque, en revanche, c'est la culture. Tout ce qui est autour de la musique et qui est essentiel. Cela vient du fait que l'on traite la musique comme une spécialité. C'est dommage.

Daniel Barenboïm


Ndlr: Une citation de Claude Debussy qui va dans ce sens : « Je n'aime pas les spécialistes. Pour moi, se spécialiser, c'est rétrécir d'autant son univers. ». Une observation qui vaut malheureusment pour tous les domaines, voir "relier les connaissances"

Ce livre est dédicacé à "Daniel Barenboim, pianiste, chef d'orchestre, musicien humaniste"

“L’art, c’est la générosité. Être un artiste, c’est aimer donner et recevoir : la base de l’échange humain.
Or, la personne qui passe un concours va désirer sa victoire, donc la défaite des autres. Si je gagne et que tu perds, je ne peux pas être un artiste parce que l’artiste veut que nous communiquions. L’autre n’est pas un concurrent, c’est un ami.”


Voir aussi : esprit de compétition

Discussion sur la page facebook de la fondation

Frédérick-Alexandre Pélissier : Ouf je suis rassuré... Je suis totalement d'accord et je commençais à croire que je faisais partie d'une espèce en voie d'extinction... Savoir qu'une très grande pianiste et artiste pense ça vient de me redonner un peu d'espoir , dans ce monde qui devient un peu fou... ! Merci Maria João Pires !

il y a 9 heures · Je n’aime plus · 2

Discussion:Charles-Michaël Vinson

Correspondance avec Amaral Vieira via facebook

Bonjour Amaral Vieira, Jules Massenet habitait dans une maison à Avon, tout à côté de Bois-le-Roi ou est situé le siège social de la Fondation Franz Liszt Liszt. Voici une photo de sa maison. Cmvinson (discussion) 19 octobre 2012 à 18:01 (CEST)


Amaral Vieira : Merci infiniment, mon cher Charles-Michaël. La maison de Massenet est magnifique. C'est passionnant d'imaginer combien de :chefs-d'œuvres le maître a du composer dans sa belle résidence.
Une composition malheureusement encore peu connu de Massenet est son Concerto pour piano et orchestre, écrit en 1902 – c’est très élaboré!
Il y a un bel enregistrement avec Aldo Ciccolini accompagné par l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo dirigé par
Sylvain Cambreling: http://www.youtube.com/watch?v=ERXdBRQ5ir0
C'est un Concerto qui mérite l'attention des pianistes. Merci beaucoup et salutations musicales à tous. Bon week-end!

2012, l'année Jules Massenet...

Charles-Michaël Vinson : J'ajoute aussi que ce dialogue autour de Massenet est particulièrement pertinent car 2012 est l'année qui lui est consacrée. Hors, voici que celle-ci se termine sans que pratiquement rien n'ait été fait autour de ce compositeur pourtant majeur. Sachant que de plus il a vécu non loin du siège de la Fondation Liszt, voici donc que nous partons pour un voyage au long cours avec lui. Toutes les informations que vous voudrez bien me communiquer sur lui sont ainsi fort précieuses. Je vous souhaite un bon week-end.

Amaral Vieira : Mon cher Charles-Michaël, vous avez raison. Nous arrivons à la fin de 2012 et presque rien n'a été fait pour célébrer le centenaire de la naissance de Massenet. La transcription de Liszt de la Marche hongroise (S. 572) est un point de rencontre très intéressant entre le maître hongrois et le grand compositeur français. Il s'agit d'un morceau très peu connu et pourtant très intéressant; je tiens à le partager avec nos amis:
Franz Liszt - Revive Szegedin: Marche hongroise S. 572 (1879)
Au piano, le grand pianiste hongrois Ferenc Kerek: http://www.youtube.com/watch?v=b0yMTe2tde8&feature=related
Le splendide Neue Liszt-Ausgabe fournit d’amples informations sur le très peu connu Revive Szegedin!, paraphrasé ici: Ignác Szabadi Frank (1825–ap. 1879) est le compositeur amateur d’une Marche turque-hongroise utilisée par Jules Massenet (1842–1912) comme point de départ d’une œuvre orchestrale dédiée à Liszt et exécutée à Paris en juin 1879 au bénéfice des victimes des innondations de Szeged (la ville ayant été détruite par la crue de la Tisza en mars de cette même année). Moins d’un mois plus tard, Liszt achevait sa transcription pour piano, qui ne devait être publiée qu’en 1892. Massenet intitula son œuvre Marche héroïque de Szabady, et Liszt Marche hongroise de Szabadi, orchestrée par Massenet, faisant plus directement allusion à la catastrophe; la musique elle-même a un ton plutôt sévère et inattendu pour une pièce destinée à être jouée au profit d’une œuvre de bienfaisance. (extrait des notes rédigées par Leslie Howard)
Mes chaleureuses salutations à tous.
Amaral Vieira

Actualités

22 juin 2011. PRÉSENCE DE L'EAU DANS LE MYSTICISME DE FRANZ LISZT - 1 : JEUX D’EAU À LA VILLA D’ESTE


A partir d’un entretien fort éclairant, le 6 avril 2011 à Paris, avec la pianiste-concertiste France Clidat, surnommée « Madame Liszt » par Bernard Gavoty, j’aimerais me pencher aujourd’hui sur le thème de l’eau dans le mysticisme du compositeur, à travers une pièce révélatrice et très symbolique à cet égard : Les jeux d’eau à la Villa d’Este


Dans un prochain article, j’étudierai la Légende de Saint-François de Paule marchant sur les flots, qui nous emmènera dans les eaux profondes et tumultueuses de la tempête.


Pascale Guitton-Lanquest : France Clidat, vous êtes une des spécialistes les plus réputées de Franz Liszt, grâce à votre enregistrement de l’intégrale de son œuvre pianistique. Comment situez-vous Liszt dans l’histoire ? Avait-il un charisme particulier ?

France Clidat : Au-delà de l’époque à laquelle il vécut, romantique dans toutes les fibres de sa chair, Liszt était un homme du XXIe siècle, tourné vers l’avenir, en perpétuelle recherche. Il est à la fois étonnant et compréhensible que certains contemporains n’aiment pas Liszt : il est très dérangeant, il surprend, par l’aspect protéiforme de sa personnalité.

Riche en tous domaines, comblé de dons, très bel homme, séducteur, voyageur, pianiste génial, chef d'orchestre renommé, compositeur célèbre de son vivant… Cependant, malgré ses dons multiples et le sens qu’il avait de sa propre valeur, Liszt contribua à faire connaître les autres, à s’intéresser à ses pairs, car il était habité d’un grand altruisme et d’une immense générosité : là se situe son principal charisme. Or les artistes ont plutôt l’habitude de se regarder eux-mêmes, de se préoccuper de leur œuvre personnelle. La démarche de Liszt est rare, inhabituelle.

Il passa son temps à regarder, à aider, à écouter, à faire connaître ses contemporains, à donner des concerts pour une bonne cause : par exemple, lors de l’érection d’une statue de Beethoven à Bonn le 12 août 1845, Liszt organisa les concerts et fut le principal mécène des festivités. Sa renommée était internationale, il était l’ami d’un nombre incroyable de personnes, de toutes langues et de toutes nationalités.

Ce qui me désespère, c’est que notre époque ne connaît plus du tout cela. Je pense aux gravures sur lesquelles on voit Monsieur Liszt au centre, admiré, écouté par Messieurs Rossini, Paganini, Berlioz, par Messieurs Alfred de Musset et Victor Hugo… Nous avons perdu cette dimension de partage : l’art, qui devrait être une œuvre commune, un échange commun, permettant à l’individu de comprendre l’autre, est devenu une activité solitaire. L’homme est de plus en plus seul, l’art n’apporte plus grand-chose à l’être humain, auditeur ou spectateur, il ne remplit plus sa mission philanthropique et spirituelle… Au XIXe siècle, la société se rassemblait autour de l’art, tout le monde recevait l’art, tout le monde y communiait.


P. G.-L. : Il y avait le culte de la beauté, et une communion universelle grâce à l’art.

F.C. : Oui, absolument, et Liszt vivait cette merveilleuse expérience d’admirer les autres, ce qui est extraordinaire : pouvoir les aider, ne pas se dire : « Moi, moi, moi », mais « Toi, toi, toi ».


P. G.-L. : Il est un des rares musiciens qui avaient ce charisme, cette générosité d’homme de Dieu. « Madame Liszt », parlez-nous de cette relation passionnée, sulfureuse avec Monsieur Liszt.

F.C. : Si c’est sulfureux, tant mieux, car je pense qu’il y a beaucoup de relations agréables avec le diable, et Dieu a besoin du diable. Une relation n’est jamais aisée, quel que soit le compositeur. La vie d’artiste, la relation d’un instrumentiste avec un auteur ne coulent jamais de source. J’ai aimé ce compositeur très jeune, grâce à mon premier professeur de piano, Marie-Aimée Warrôt, élève d’un des derniers élèves de Liszt, d’origine hongroise.


P.G.-L. : Dans cette approche de l’intégrale, des œuvres ont-elles émergé, vous apportant un enrichissement spécial ?

F.C. : Ce fut un travail passionnant, sur diverses époques ; le Liszt des Rhapsodies hongroises, des Etudes d’après Paganini, n’a rien à voir avec les dernières œuvres, éditées quand il avait soixante-quinze ans. C’est le fait d’évoluer avec lui qui est intéressant. Liszt a beaucoup revu et corrigé ses œuvres, regrettant d’avoir parfois édité trop tôt, demandant presque pardon au public de lui proposer une oeuvre non aboutie…


P. G.-L. : Il y avait des doutes chez lui ? Je le croyais sûr de lui, transcrivant seulement les œuvres des autres …

F.C. : Non, pas du tout, il y a dans ses manuscrits des corrections, des ratures rageuses en rouge… Le seul compositeur sûr de lui, c’est Mozart… avec le passage direct du cerveau au papier, sans retouche et sans rature…


P. G.-L. : Schubert aussi, peut-être ?

F.C. : Pas autant que Mozart. Dans le manuscrit de la Sonate de Liszt, beaucoup de mesures sont supprimées, parfois des passages entiers.


P.G.-L. : Comment avez-vous choisi les versions à interpréter ?

F.C. : Quand j’ai commencé, en 1968, j’avais cinquante œuvres dans les doigts, mais pas cent-quatre-vingt-sept ! J’ai choisi la version des œuvres la moins ancienne, la dernière mouture, à sa demande, puisque Liszt lui-même reconnaissait la version la plus récente comme la seule valable.

Par ses révisions d’œuvres, Liszt nous montre le chemin du dépouillement, en proposant des versions moins virtuoses, plus épurées. C’est un autre aspect de sa foi en Dieu.


P.G.-L. : Quelle œuvre vous a particulièrement marquée ?

F.C. : La Troisième Année de pèlerinage, c’est-à-dire le deuxième cahier de l’Italie. Notamment dans les Jeux d’eau à la Villa d’Este, j’ai eu la perception étonnante de ce que pouvait être la foi dans l’œuvre de Liszt. Cette pièce date de 1877, et fut inspirée par un lieu célèbre, que Liszt connaissait et appréciait. Au début de l’œuvre, dans un tempo Allegretto, l’eau coule sous toutes ses formes, le piano devenant le canal de transmission de cette fluidité aquatique ; or à la Villa d’Este, il y a des jardins extraordinaires, avec beaucoup d’arbres dont les branches se rejoignent en treillis au-dessus de vous… Quand il fait très chaud, cette verdure ombreuse et cette eau transparente sont bienfaisantes… Ces jardins, témoins remarquables de la culture humaniste de la Renaissance, sont agrémentés de sources,de fontaines, de cascades, de grottes, dont l’eau ruisselle de toutes parts et miroite sous le soleil. Dans cette pièce, il faut donc que le jeu pianistique imite l’eau le plus possible : les trilles, les trémolos, les traits rapides dans l’aigu, les arpèges et gammes aquatiques, les tierces jaillissantes, tout doit faire couler le clavier, tout doit suggérer cette eau frémissante, cristalline et irisée, dans une sonorité claire et légère : faire oublier les marteaux.

Puis à un moment donné, le climat change, par un ralentissement du tempo, Un poco piu moderato, et une enharmonie qui met en exergue une citation de l’évangile selon selon saint Jean, inscrite à cet endroit du manuscrit :

« Celui qui boira de cette eau ne sera jamais plus altéré, car l’eau que je lui donne ainsi sera pour lui source de vie éternelle. » (Jean, 4, 14)

Cette parole se situe dans l’entretien avec la Samaritaine, au moment où Jésus révèle sa nature divine à la femme de Samarie, à laquelle il vient de demander à boire au cours d’une halte au bord d’un puits, dans la ville de Sychar.

La présence de ce verset à cet endroit-là est extraordinaire, cela change l’atmosphère du tout au tout, et il faut le transmettre à l’auditeur, à travers cette mélodie passionnée, sur une pédale de ré Majeur, accompagnée par des arpèges de doubles croches.


P.G.-L. : Liszt est vraiment un grand mystique. Il cherche à transmettre, par le biais du piano, la métamorphose de l’eau bucolique, poétique, de nature humaine, en eau lustrale, baptismale, de nature divine : ce symbole est très important dans le christianisme, car l’eau du baptême plonge le chrétien dans la mort et la résurrection de Jésus, pour le faire renaître à la vie du baptisé, en le délivrant de son péché, par une totale purification.

F.C. : Assurément, Liszt est un grand mystique, et comme il le dit lui-même, à la fois tzigane et franciscain.


P.G.-L. : Il vit plusieurs vies en une seule, il conjugue toutes ses vocations avec bonheur…

F.C. : Il était trop beau, dans toutes les dimensions de la beauté ; il a vécu en homme, en créateur, en être humain attiré par l’humain et désireux de se pencher vers l’humain ; simultanément, je pense que Dieu ne l’a jamais quitté, cela faisait partie de lui, de son être le plus profond. Il avait songé à être prêtre, dans sa jeunesse, entre quinze et dix-huit ans.


P.G.-L. : Je suis séduite par la dimension religieuse de son piano, même si Liszt composa aussi de fort belles œuvres sacrées pour la voix : les oratorios La légende de Sainte-Elisabeth, Christus, plusieurs messes, des Psaumes, la cantate Via Crucis… Peut-on parler chez Liszt d’un piano « au-delà du piano », d’un ailleurs, supra-naturel, hagiographique ?

F.C. : Chaque compositeur peut créer un ailleurs, transporter l’auditeur dans un au-delà, dans un autre monde, ce qui permet de supporter le monde dans lequel nous sommes… Ce qu’un compositeur apporte, ce n’est pas ce qu’il cherche, c’est ce qu’il est. Il ne veut pas transmettre une réalité extérieure, il en fait une œuvre, il EST. Selon sa motion intérieure, il écrit une messe, il compose un poème symphonique, parce qu’il éprouve à ce moment-là ce besoin de communier avec autrui au-delà de l'humain.

Liszt se réfère à Homère, la Bible, Dante, Victor Hugo, Byron, … parce que c’est sa manière d’exister, c’est sa raison d’être, ce n’est pas « par rapport à… », ni pour chercher à plaire à un auditoire. Le cas de Wagner est différent : Wagner écrit et compose pour le public, pour créer un opéra allemand, pour défendre une mythologie, dans un lieu qui est son lieu, le théâtre de Wagner, à Bayreuth, au cours du Festival Wagner. Liszt n’a jamais procédé ainsi ; il n’a jamais eu de Festival Liszt, ni de salle à lui, dans laquelle il jouait ou dirigeait ses propres œuvres. Il était toujours itinérant, allant et venant, apportant le maximum de ce qu’il pouvait apporter, dans sa générosité et dans son art. Son besoin est là, sans but quant à la réception de son œuvre. L’objectif, c’est que l’œuvre qu’il porte en lui ait son existence propre, c’est qu’elle SOIT, de l'écriture de la partition jusqu'à l'audition de l'oeuvre, indépendamment de sa réception par un public. C’est le fait d’un génie, qui savait ce qu’il valait, mais qui éprouvait de l’humilité devant la grandeur de la vie et la grandeur de l’esprit.... Serviteur, toujours !


P. G.-L. : Pour conclure, si vous deviez résumer Franz Liszt en deux mots ?

F.C. : Je le baptiserais « Liszt le Grand ».

Entretien réalisé le 6 avril 2011 à Paris

Pascale Guitton-Lanquest

Le 22 juin 2011


A l’heure où la Cendrillon de Rossini fait partie du répertoire de nombre de maisons d’opéras, où celle de Massenet semble en pleine renaissance vu le nombre de productions récentes, le Musée d'Orsay nous propose une double découverte : celle de ce petit opéra-comique ainsi que celle de la compositrice Pauline Viardot. Cette initiative est tout à l’honneur du Musée, mais aussi du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris. L’Opéra-Comique, qui devait présenter pour deux soirées l’œuvre au mois de février avait quant-à lui changé d’avis au dernier moment. Et pourtant… cette œuvre conçue principalement pour être jouée dans le cercle d’amis de la grande cantatrice possède de grandes qualités qu’il est heureux de ne pas oublier !

Les premiers renseignements que l’on trouve sur Pauline Viardot ne sont pas ceux qui montrent l’étonnante personnalité et l’artiste qu’elle était. En effet, elle est tout de suite qualifiée de « sœur de La Malibran », ou encore de « maîtresse de Tourgheniev » (affirmation qui reste à prouver, leur relation ayant plutôt été platonique selon ses biographes). Et pourtant c’est la restreindre à bien peu de chose : cette femme, fille du grand ténor et pédagogue Manuel Garçia (créateur du rôle d’Almaviva et pour qui Rossini composa le fameux air « Cessa du piu resistere »), jouera un rôle rare pour une cantatrice dans le domaine culturel européen de l’époque.

Elève de Franz Liszt, elle devient une pianiste très douée, se tournant vers la carrière de virtuose. Mais sa sœur meurt en pleine gloire et Pauline va devoir prendre la relève de la famille Garçia. La Malibran était sur scène une immense chanteuse et interprète, mais sa sœur Pauline l’égalera voire même la dépassera pour des rôles comme Desdemone dans l’Otello de Rossini selon des critiques de l’époque. Car Pauline Viardot était plus qu’une simple chanteuse : elle possédait la technique inculquée par son père, lui permettant d’affronter les difficultés les plus ardues, tout en chantant dans tous les registres de la voix féminine. A ces capacités vocales étonnantes, elle ajoute une culture littéraire et historique lui permettant de créer de véritables personnages tragiques : elle s’imprégnait du personnage, faisant avant toute prise de rôle des recherches historiques dans le cas où le personnage avait existé. Grande voyageuse, elle va rencontrer les plus grand musiciens de son temps, et elle les recevra dans son salon parisien, lieu où il fallait être à l’époque. Dans ce salon, on parle bien sûr de musique, mais aussi de tous les arts et même de politique : Pauline n’était pas une grande amie de George Sand pour rien ! Malgré cette grande reconnaissance de son vivant, elle restera très discrète sur ses propres compositions (mélodies pour la plus grande partie) au grand désespoir de Saint-Saëns.

Cendrillon a été composée alors qu’elle avait pris sa retraite à Baden-Baden, faisant salon chez elle et présentant de petits ouvrages composés pour l’occasion. Ainsi cet opéra-comique a été créé dans ce salon, chanté par les filles et les amis de l’ancienne cantatrice, elle-même se trouvant au piano, sous les regards des plus grands de ce monde acceptés dans ce lieu de culture.

Ce soir, c’était donc une sorte d’hommage à cette grande cantatrice, mais aussi compositrice et pianiste exceptionnelle. Pour rester dans l’esprit de l’opéra de salon, Cendrillon ne demande pas une réalisation impressionnante. Dans cette optique, la mise en scène proposée est plutôt bien vue, avec de bonnes idées (l’apparition des meubles par exemple) mais aussi quelques lourdeurs (les deux sœurs jouant continuellement avec leurs poupées par exemple). On se demande aussi quel est l’intérêt de ce prélude où l’on assiste à un cours de chant. Cela fait même craindre une adaptation de la partition comme cela se fait souvent, mais il n’en sera rien. Les seules modifications de la partition seront la suppression d’un grand air de bravoure chanté par une invitée du bal, et l’insertion dans ce même bal de mélodies de différents compositeurs : Pauline Viardot bien sûr (Les Bohémiennes), Saint-Saëns (El deschichado) et Fauré (Tarentelle). De même, une autre mélodie de Pauline Viardot (sur un texte de Feth) est dévolue au Baron au début troisième acte. Mais cette insertion dans le bal est tout à fait normale et prévue par la partition : alors que la tradition voulait que ce soient des compositions de Viardot qui soient ici chantées, on entendra en plus des mélodies de contemporains. La partition montre à quel point Pauline Viardot a été présente pendant plus de 60 ans dans le domaine créatif musical, sachant s’inspirer des différents mouvements musicaux qui se sont suivis pour nous en donner une interprétation personnelle et réfléchie : on ne peut pas ne pas penser à Chopin ou Rossini par exemple durant certains passages.

Réunissant des étudiants du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, la distribution se montre très fraîche et joyeuse. Tous montrent beaucoup d’entrain et déjà une bonne solidité dans la voix. Bien sûr, on pourra chipoter sur les graves de Hasnaa Bennani (Maguelonne), les forte moyennement contrôlés de Xavier de Lignerolles ou encore le manque de légèreté du Prince de Chi Zhe. Le Baron de Hovhannes Asatryan quant à lui mérite bien des éloges pour sa belle voix de basse. Il faut ensuite saluer les deux sopranos principales : Sabine Devieilhe nous propose une voix de soprano légère vraiment intéressante, possédant une technique très solide, des aigus pleins et beaux et une vocalisation très juste. Mais c’est Chloé Briot qui fait la plus grosse impression : la voix est très belle, jeune et fraîche, créant une Cendrillon plus vraie que nature, charmante et piquante. A noter que ces deux derniers rôles demandent de très bonnes chanteuses : n’oublions pas que les voix qui devaient chanter ces rôles avaient été formées à l’école Garçia… Aussi, la technique se doit d’être très solide pour pouvoir briller et passer les embûches proposées. L’accompagnement d’Emmanuel Olivier montre beaucoup de subtilités et de métier, accompagnant les chanteurs sans décalages et faisant briller les différents joyaux que contient la partition.

Au final, une belle soirée, qui permet de réhabilité une personnalité majeure mais peu connue du monde musical de son époque. Pauline Viardot n’a pas la renommée de La Malibran et pourtant tous ses contemporains s’accordent à dire qu’elle n’en avait pas moins de talent sur scène. Et à celui-ci s’ajoutait une grande érudition et une grande implication dans la vie musicale de son époque. Pour plus de renseignements, une biographie est sortie chez Grasset, écrite par Patrick Barbier. Elle nous donne une vision passionnante de la femme, de la cantatrice ainsi que du monde dans lequel elle évolua pendant près d’un siècle.

lundi 17 mai 2010 par Pierre Philippe

http://classiqueinfo.com/Viardot-a-l-honneur.html

Informations

Appel aux inscriptions pour la performance à deux pianos d'une oeuvre du XXe / XXIe siècle dans le cadre de la Fête du Paradis organisée par la Fondation Franz Liszt

Appel aux inscriptions pour la performance à deux pianos d'une oeuvre du XXe /XXIe siècle dans le cadre de la Fête du Paradis organisée par la Fondation Franz Liszt. Ouvert aux pianistes de tous les pays, sans limite d'âge. Envoyer avant le 31 janvier 2013 un enregistrement vidéo d'une ou deux oeuvres dont la durée totale soit entre 7 et 18 minutes, accompagné des données personnelles des deux exécutants par courriel à l'adresse performance2pianos@fondation-franzliszt.org

Les pianistes sélectionnés seront informés par le président de la Fondation Franz Liszt jusqu'au 1er. mars 2013, et des accords seront pris ensuite pour le grand évènement de l'été 2013 en France.


Call for entries for the performance of works for two pianos of the twentieth-twenty first centuries in the "Fête du Paradis" organized by the Franz Liszt Fondation . Open to pianists of all countries, without age limit. Send before January 31, 2013 a video recording of one or two works whose total duration is between 7 and 18 minutes, accompanied by personal data of both performers by email to performance2pianos@fondation-franzliszt.org

Selected pianists will be notified by the President of the Franz Liszt Foundation until March 1st 2013, and arrangements will be taken for the great event of Summer 2013 in France.


Chamada para inscrições para performance a dois pianos de obras dos séculos XX e XXI no âmbito da "Fête du Paradis" organizada pela Fundação Franz Liszt. Pianistas de todos os países, sem limite de idade, poderão inscrever-se até 31 de janeiro de 2013. Enviar gravação de vídeo de uma ou duas obras cuja duração total esteja entre 7 e 18 minutos, acompanhada dos dados pessoais dos intérpretes via correio eletrônico para performance2pianos@fondation-franzliszt.org

Os pianistas selecionados serão informados pelo presidente da Fundação Franz Liszt até 1º de março de 2013, quando acordos serão tomados para o grande evento do verão de 2013 na França.

Agenda

Vendredi 8 mars, en Sorbonne, de 11 à 13 heures, salle J 326. Zélia Chueke (Curitiba/OMF), Les profils des pianistes d'aujourd'hui : richesse d'une pluralité imposée

Jean-Michel Mahe (Paris-Sorbonne), Analyser l’interprétation pianistique : l’exemple de la Sonate de Liszt

Abidjan 2013 - Piano Masterclass avec Fabio Luz

Environment is Life et Fondation Franz Liszt

avec le soutien et la caution du Ministre de la Culture et de la Francophonie de la République de Côte d'Ivoire du 6 au 9 février 2013

à l’Ecole Nationale de Musique INSAAC de Cocody - Conservatoire d’Abidjan

Contacts: +22508194420 +22505524006

environmentislife@gmail.com


C'est quoi une Master class?

C'est une leçon de maître, souvent ouverte au public. Les participants ont la possibilité de jouer, se produire et perfectionner leur technique, l'interprétation, le style et les connaissances du répertoire. Parmi les objectifs principaux des Masterclasses données par le Prof. Fabio Luz, concertiste de longue carrière internationale qui enseigne également depuis 40 ans, on peut souligner: le perfectionnement de la qualité de lecture musicale, du contrôle de la sonorité, le bilan des ressources techniques mises en pratique, optimisation de la physiologie de l'execution pianistique (coordination musculaire, ergonomie du jeu) pour un meilleur profit du travail quotidien. En outre l'évaluation et la programmation du répertoire, ainsi que la mémorisation sont mises à l'étude. Le choix du programme (en général chaque exécutant présente deux ou trois morceaux de moyenne durée) est libre: chaque participant (nombre limité) doit communiquer à l'inscription le choix des morceaux.

Il n'y a pas de limite d'âge. On peut s'inscrire jusqu'à une semaine avant la date de la Masterclass soit comme exécutant soit comme auditeur.

Un concert de clôture aura lieu avec la participation des pianistes les plus méritoires. C'est aussi une excellente opportunité pour le développement des relations et échanges interpersonnelles et pour l'enrichissement culturel de chaqu'un. Tous les participants reçoivent un certificat.

Mr. Fabio Luz donne ses Masterclasses en français, anglais, italien et portugais.

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